Dans l’oeil de Le Parc

Surface couleur - Série 14 2E. 1971, acrilyque sur toile, 200 x 200 cm

En 1846, dans son compte-rendu du Salon – le lieu d’exposition par excellence au xixe siècle, bien avant la FIAC et autres Art Fair –, Baudelaire reprochait à la sculpture d’être « ennuyeuse ». À l’heure où les critiques adressées à l’art contemporain tendraient à lui reprocher, pêle-mêle, son : snobisme, intellectualisme, conceptualisme, hermétisme, je-m’en-foutisme… (et j’en passe), Baudelaire pourrait passer pour un « petit joueur ».

Pourtant, il est des œuvres qui, tournant le dos à l’ennui, à la littéralité ou au « concept », invitent le spectateur au jeu. Les sculptures et installations de l’artiste argentin Julio Le Parc sont de celles-ci. Etabli à Paris depuis 1958, Le Parc fut membre du Groupe de Recherche d’Art Visuel (GRAV), notamment aux côtés de François Morellet. Concentrant ses recherches sur les effets de lumières et de mouvements, il crée des œuvres cinétiques dont l’efficacité repose sur une participation sensorielle du spectateur. Un « regardeur », comme dirait Marcel Duchamp, un des premiers initiateurs de l’art cinétique et de l’op art avec ses rotoreliefs, qui est souvent mis à mal, souffrant des effets de lumières, subissant (avec bonheur) divers troubles de la perception, et dont il retire – outre, parfois, un léger mal de mer – jubilation et plaisir. http://www.ubu.com/film/duchamp_anemic.html

Pas besoin de comprendre, pas besoin de longuement discourir (les historiens – les vrais – auront toujours le temps de le faire), il suffit de regarder et de s’amuser avec des œuvres qui ravivent le rythme frénétique des années 60. D’ailleurs, loin d’être « datées », ces œuvres éveillent toujours l’attention, et nombre d’autres créateurs, parmi lesquels James Turrell, Anthony McCall, Dan Graham, Carsten Höller, Ann Veronica Janssens, Olafur Eliasson, Anish Kapoor, Jeppe Hein ou encore Philippe Decrauzat, s’y sont référées.

Ensemble de onze jeux surprise. 1965, bois, plexiglas, acier, plastique, moteur, etc. 190 x 390 x 30 cm

Lunettes pour une vision autre. 1965, plastique, inox, verre, 5 x 14 x 19 cm

Mobile transparent. 1962, bois, plexiglas, nylon, 150 x 150 x 150 cm

En 1972, alors au faîte de sa reconnaissance, un coup du sort fait refuser à Le Parc une exposition au musée d’art moderne de la ville de Paris. Dans le contexte anti-institutionnel des années 70, incapable de prendre une décision face à cette proposition, il préfère tirer à pile ou face le sort de sa destiné. Rejouant pour ainsi dire son coup quelques décennies plus tard, son travail suscite depuis les années 1990 un nouvel intérêt. Après le Moca  et le centre Pompidou Metz (http://www.centrepompidou-metz.fr/environnements-ambienti-et-labyrinthes-de-l-art-cinetique-et-programme), la galerie Bugada et Cargnel, grâce à l’entremise de l’historien de l’art Matthieu Poirier lui rend un hommage vibrant (dans tous les sens du terme).

Surface couleur - Série 14 2E. 1971, acrilyque sur toile, 200 x 200 cm

Continuel-lumière cylindre. 1967, bois, plexiglas, moteur, ampoule, 289 x 251 x 71 cm

Mouvement surprise avec lumière pulsante. 1967, bois, ampoule, plexiglas, moteur, 30 x 30 x 21 cm

Cercle avec contorsion sur trame. 1966, bois, moteur, rhodoïd, 123 x 123 x 20 cm

Malgré tout l’amour que je vous porte, cher Charles, avec Julio Le Parc, la sculpture ne saurait – définitivement – être ennuyeuse.

Elodie Voillot

Julio Le Parc, L’œil du cyclone. Œuvres de 1959 à 1971

Galerie Bugada & Cargnel, 7-9, rue de l’Echelle 75019 Paris, exposition jusqu’au 5 novembre 2011.

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