Chasse, nature et art contemporain. Françoise Pétrovitch au Musée de la Chasse et de la Nature

A priori, je ne suis pas une grande amatrice des musées type loisir, j’avoue passer volontiers à côté du musée du ski ou de la pêche à  la mouche. Pourtant, le Musée de la Chasse et de la Nature est une institution étonnante. C’est d’abord un très bel hôtel particulier du XVIIème siècle, l’hôtel Guenegaud, œuvre architecturale au magnifique équilibre classique érigé par le fameux architecte de Versailles François Mansart. Une première raison de s’y rendre,  mais rien de très exotique quand on se situe dans le Marais.

Si je suis moins sensible aux collections d’armes à feu ouvragées et aux enroulements des cores, j’admire quelques toiles de maîtres et j’apprends des éléments étonnants sur la vie secrète des loup et des chouettes.

J’en suis plutôt contente, mais a priori, je n’étais pas venue pour ça. Non, j’ai passé le porche pour Françoise Pétrovitch, artiste dessinatrice et sculptrice que je suis depuis un certain temps. Ce n’est pas son œuvre en tant que tel qui m’a le plus plu ici, c’est son intervention syncrétique dans le monde traditionnel de la chasse, le regard décalé qu’elle offre sur cet univers que l’on pourrait penser poussiéreux ou du moins assez loin des problématiques de l’art comme de la société contemporaine.

Je me suis rendue à cette exposition avec  Baudoin de Saint Léger, Président du club  So Chasse, une personne passionnante sur la chasse, toutes ses formes, tous les milieux qu’elle brasse et les arts de vivre qui l’accompagnent. Au-delà de tout ça, je trouve un certain intérêt à voir que le monde de la chasse agite ses plumes, qu’il se rajeunit et qu’il me semble cristalliser en quelque sorte le besoin de plus en plus partagé de renouer avec la nature, vécue comme un patrimoine commun à  préserver.

Or, ce que les œuvres de Françoise Pétrovitch apporte ici, c’est un questionnement sur cette nature indistinctement naturée et naturante, emprunte de mythologies, d’hybridations avec l’homme et d’ambiguïté comme peuvent l’être les jeunes filles dessinées par l’artiste. Placées dans les collections permanentes du musée, les faïences modelées avec les doigts puis vernies de glaçures brillantes représentent des bustes de lapins, des êtres mi-jeunes femmes mi-animaux ou encore un loup se reposant  au milieu d’un salon classique comme dans un sous-bois.

Les Sentinelles – salon de Compagnie et salon Bleu Grés, pièces uniques, 2010 Sèvres - Cité de la céramique - coédition avec la galerie RX - photo de l'auteur

Il y a de l’humour, du jeu dans les correspondances formelles et conceptuelles entre les œuvres de Françoise Pétrovitch et celles du musée. Là où la place de l’homme est claire, les hiérarchies décidées, Françoise Pétrovitch apporte la poésie du doute, de la nuance, de l’incertitude sur la relation entre l’homme et l’animal.

Les Sentinelles – salon de Compagnie et salon Bleu Grés, pièces uniques, 2010 Sèvres - Cité de la céramique - coédition avec la galerie RX - photo de l'auteur

Les Sentinelles – salon de Compagnie et salon Bleu Grés, pièces uniques, 2010 Sèvres - Cité de la céramique - coédition avec la galerie RX - photo de l'auteur

Les Sentinelles – salon de Compagnie et salon Bleu Grés, pièces uniques, 2010 Sèvres – Cité de la céramique – coédition avec la galerie RX – photo de l’auteur

Derrière un grillage à poules, de petites sculptures dont on ne sait pas si elles sont des pieds d’hommes ou de femmes, des sabots, pattes d’animaux ou bien des bottes. Par ces sculptures de l’ambiguïté, Françoise Pétrovich questionne la part animal qui reste en l’homme, comme elle mêle fréquemment dans le reste de son oeuvre les parts de l’enfant et de l’adulte.

La richesse de cette exposition tient aussi aux qualités matérielles, dont certaines ont été réalisées en collaboration avec des artisans, par exemple le Centre international d’art Verrier de Meisenthal. Les « Cages en verre » sont de délicates pendeloques de verre soufflé aux formes de membres humains et d’animaux, petite population captive frissonant au mouvement des spectateurs.

Les cages – salon de Compagnie Verre soufflé, argenture, 2010 Réalisées au CIAV de Meisenthal

Une beauté doublement attirante et effrayante, comme celle d’une balade en forêt à la tombée du jour, quand les éléments ne se distinguent plus précisément et que l’imaginaire guide les perceptions. Et peut-être comme le pêcheur dans la brume crépusculaire… aller, rendez-vous aux musée de la pêche à la mouche!

Si vous voulez en savoir plus sur Françoise Pétrovitch, rendez-vous sur son site http://www.francoisepetrovitch.com/

Pauline

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