Pygmalion vs Goudemalion

Cry Now, laugh later, New York, 1982 Photo peinte, ruban adhésif et carton © Jean-Paul Goude

Personnage protéiforme, à l’imagination débordante et enthousiaste, et surtout au style immédiatement reconnaissable, Jean-Paul Goude fait indéniablement partie des hommes qui repoussent et complexifient les frontières de l’art. La rétrospective que lui consacre le musée des Arts décoratifs rend compte des multiples aspects de son travail, de ses nombreuses collaborations artistiques et de ses campagnes publicitaires qui sont dans toutes les mémoires. Des « Kodakettes » aux Galeries Lafayette, en passant par la très mythique campagne « Égoïste » pour Chanel. Connues et archiconnues, il est bien inutile de s’attarder (les mots sont bien moins efficaces que les images). Passons donc. 

Car cette exposition tend surtout à montrer que Jean-Paul Goude est un homme à femmes.

Dans le meilleur sens de l’expression.

De la sculpturale Grace Jones à la non moins sublime Farida, en passant par Björk, Vanessa Paradis ou plus récemment la jeune blogeuse Tavie Gevison, il a su, non pas figer leur beauté mais, au contraire, rendre dans la fixité de l’image toute la vivacité de leur personnalité. C’est très certainement une des grandes spécificités du travail de Goude qui, envisageant tant l’image photographique que la vidéo, parvient à traduire le mouvement et le dynamisme dans ses photographies et conférer une qualité photographique à ses films publicitaires. Une image qui n’est, le plus souvent, jamais naturelle.

Grace revue et corrigée, New York, 1978 Ekta découpé © Jean-Paul Goude

Azzedine et Farida, Paris, 1985 Tirage photographique découpé et ruban adhésif © Jean-Paul Goude

Une image toujours retravaillée afin de dépasser les limites du corps humain, de le repenser ou plus exactement le reconstruire. Car Goude, à la manière des peintres les plus classiques, est l’instigateur d’un canon. Mais pas forcément canonique. Les mensurations sortent du cadre, de tous les côtés. Et l’on pourrait gloser sur ses élongations de jambes, de cous, de bouches,… de la même manière que sur le nombre de vertèbres de l’Odalisque d’Ingres. Créateur d’une femme à ses mesures (ou sa mesure ?), tel était Pygmalion. Pardon, tel est Jean-Paul Goude.

Jean-Dominique Ingres, Une odalisque, dite La Grande Odalisque, 1814, huile sur toile, musée du Louvre

Carolina, New York, 1976 Photo peinte © Jean-Paul Goude

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