Week end à Lyon / UNE TERRIBLE BEAUTÉ EST NÉE / La Sucrière

Lyon - la place Bellecour, Louis XIV et ses ballons colorés pour la fête des Lumières

Je ne voulais pas tellement aller à Lyon pendant la fête des Lumières : trop de monde, et puis je ne suis pas fan des illuminations. Pourtant, ce week end, en plus de passer des heures dans les lieux d’art contemporain, j’ai  arpenté quelques rues illuminées de la ville accompagnée des 3 millions de touristes dont la moitié un vin chaud et un sandwich à la rosette à la main. L’intérêt est sans-doute de mettre en valeur aux yeux des visiteurs les beautés architecturales de la ville, et apparemment c’est réussi, les gens ont l’air jovial quand ils ne sont pas trop compressés.

Un des chars japonais de la fête des Lumières, accompagnés de tambours battants

Mais l’art contemporain, en particulier celui des expositions de la Biennale au titre « UNE TERRIBLE BEAUTÉ EST NÉE »,  apporte un autre éclairage, qui m’émeut et m’intéresse beaucoup plus, celui « de la force du paradoxe, la contradiction, la tension et l’ambivalence […] qui questionne l’état d’urgence actuel du monde et des arts », comme cela est écrit dans le site internet. Programme ambitieux, mais légitime pour une biennale qui prend de l’envergure. Plutôt conquise a priori par le programme concocté par la commissaire Victoria Noorthoorn,  je n’ai pas été déçue.

En voici quelques bribes glanées à la Sucrière.

Ulla von Brandenburgh, Kulissen, 2011, crédit photo : Blaise Adilon

Pour débuter l’exposition, le visiteur doit « entrer en scène » en passant les lourds rideaux colorés d’Ulla von Brandenburgh, de la toile peinte plissée comme du papier froissé. Entre sculpture, peinture et théâtre, mouvement et inertie,  l’installation se laisse doucement questionnée et admirée, par dévoilements successifs.

Lynette Yiadom-Boakye, série de peinture, 2010-2011

Les personnages imaginaires de l’artiste Lynette Yiadom-Boakye ont une présence puissante, ramassée, sans fioriture. Pourtant peu originaux, – s’inscrivant dans la lignée des oeuvres de Goya et de Manet par les contrastes de noir et de blanc et les fonds abstraits – les portraits de cette artistes anglaise frappent par la force de leur présence magnétique.

Eduardo Basualdo, El silencio de las sirenas (le silence des sirènes), 2011

Dans l’oeuvre d’Eduardo Basualdo – une sorte de mare reconstituée – tout est question d’ambiance changeante, de poésie de la lumière et de l’eau. Comme le groupe d’enfants à côté de moi, j’ai été absorbée par le mouvement de l’eau avalée puis recrachée par un trou au centre du bassin. Ainsi que l’explique la guide aux enfants, l’atmosphère change du tout au tout alors que la lumière émise par les spots reste la même : lorsque que l’eau est haute, une ambiance nocturne s’installe, lumière lunaire des sombres profondeurs de la mare et des reflets papillottants sur le plafond. Dès que l’eau disparaît, une clarté diffuse renaît, laissant le souvenir de l’ancien état de sensation.

Robert Kusmirowski, Stronghold, 2011

Une autre installation très impressionnante est celle de Robert Kusmirowski. On l’appréhende d’abord de plain-pied ; c’est un mur circulaire en métal rouillé, impossible d’y pénétrer ou de glisser son regard par les serrures, le gardien vous le rappelle vivement.

Puis, au balcon du première étage, on voit enfin l’intérieur de la salle : des milliers de livres alignés dans des étagères (qu’on ne voit pas dans la photo, je m’en excuse) et d’autres au centre, jetés et apparemment destinés à être brûlés dans des machines. Si on observe bien, les livres rangés le sont par tailles et leurs tranches sont invisibles : on ne peut donc les distinguer que par leurs caractères physiques, et non leurs contenus. Cela rappelle évidemment les horreurs de l’Histoire, des autodafés et surtout des chambres à gaz. Mais on ne s’en rend compte que dans un second temps, la beauté de l’ensemble étant ce qui frappe d’abord.

Robbie Cornelissen, Het Grote Geheugen X / The Capacious Memory, 2011, Crédit photo: Blaise Adilon

Dans l’oeuvre de Robbie Cornelissen, une immense frise au graphite, on est plus du côté de l’Utopie que de l’Histoire avec une inspiration kafkaesque revendiquée. Mais c’est la même beauté inquiétante que l’on retrouve dans ces architectures imaginaires, labyrinthiques, infinies qui absorbent le regard du spectateur. Ce dernier, où qu’il soit, est le point de fuite de l’espace dessiné, illusion d’optique qui permet d’entrer dans ce monde composé d’immeubles minces comme des écrans plats ou des tableaux, avec des ascenseurs, des sculptures, quelques animaux et autres éléments étranges. Les spectateurs, dont je fais partie, sont captivés par cette oeuvre et l’appréhender longuement sous différents points de vue.

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Lebanese Rocket Society, 2011

Pour finir, une oeuvre plus proche de la réalité que de l’imaginaire : The Lebanese Rocket Society par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. Les photos sur le mur forment une roquette, témoignage de la création entre 1960 et 1967 par des étudiants de l’université Haigazian au Liban d’un programme de recherche d’engins spatiaux, soutenus par l’État et l’Armée.  Je vous laisse découvrir le travail de ces artistes plus en détail dans cet article scientifique : http://www.newscientist.com/blogs/culturelab/2011/03/the-strange-tale-of-the-lebanese-space-race.html.

Je ne suis pas toujours intéressée par les oeuvres d’art contemporain qui reprennent  trop littéralement des éléments d’archive, c’est souvent trop anecdotique. Or, ici, la mise en espace est convainquante, avec un effet de relief des photos superposées et de vision d’ensemble qui exprime l’idée de construction collective.

La Biennale se poursuit  jusqu’au 31 décembre… allez-y! http://www.biennaledelyon.com/

Pauline D.

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