Book of the Day / Pygmalion de Jean-Claude Lebensztejn

Avant-propos : L’objectif de ce blog est de parler/écrire sur l’art contemporain (et en montrer, naturellement). Donc de présenter des œuvres, des artistes, des expositions. Cependant, nous voudrions également vous signaler quelques publications (récentes ou non) dont la lecture nous semble éclairante, stimulante, pertinente, réjouissante, exaltante, euphorisante (bon, je me calme). Des ouvrages qui aident à penser, et surtout à regarder.

Donc, pour ce premier Book of the day, Pygmalion est, une fois encore, à l’honneur.

Après nous être intéressés à un de ses avatars, autorisons-nous une petite digression théorique. Une petite piqûre de rappel historique qui permet de mieux cerner certains aspects ou enjeux de l’art contemporain. Et dans cet exercice périlleux Jean-Claude Lebensztejn est très certainement un des plus grands virtuoses.

Dans l’essai éponyme qu’il consacre à Pygmalion, Jean-Claude Lebensztejn retrace l’origine et l’évolution du mythe, s’arrêtant sur plusieurs œuvres auxquelles il a donné forme. En effet, de François Boucher à Roy Lichtenstein, Pygmalion a lui-même été une source d’inspiration féconde, soit de manière très littérale, comme Jean-Léon Gérôme qui dépeint l’éveil de la statue dans les bras de son créateur, soit de façon plus allusive.

Jean-Léon Gérôme, Pygmalion et Galatée, 1890, huile sur toile, New York, The Metropolitan Museum of Art

François Boucher, Pygmalion et Galatée, 1819, huile sur toile, Paris, musée du Louvre

Mythe de la création (amoureuse), la figure de Pygmalion renvoie l’artiste, quel qu’il soit, à ce qui constitue une de ses principales ambitions : donner vie à des formes. Cette capacité à éveiller l’inanimé a été au centre de nombreuses recherches, tant artistiques que scientifiques, de l’invention des premiers automates – véritables sculptures vivantes – jusqu’au cinéma, créateur d’un « espace pygmalionesque ».

My Fair Lady - Audrey Hepburn, Rex Harrison

Dans de courts chapitres vifs et érudits nourris de nombreuses références, Lebensztejn introduit les questions de la ressemblance et de la mimesis, du vivant et de l’inanimé, de l’art et de la nature. En filigrane apparaît la relation complexe qu’entretient le réel avec son/ses simulacre(s). Surtout, Lebensztejn met en évidence l’actualité et l’efficacité d’un mythe qui, au cours des siècles et aujourd’hui encore, fut le réceptacle des préoccupations philosophiques contemporaines – du sensualisme de Condillac au gender studies –, tant les sujets évoqués par le mythe sont atemporels et réinterprétables. Le pouvoir créateur de l’amour est en effet sans âge.

Il y aura toujours un effet pygmalion.

Elodie Voillot.

Jean-Claude Lebensztejn, Pygmalion, Dijon, les presses du réel, 2009.

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