Coquillages et crustacés / Salt Lake de Boris Mikhailov

Boris Mikhailov, série Salt Lake, 1986, C-print, 60 x 84 cm, édition de 7 © Courtesy Galerie Suzanne Tarasiève, Paris.

Sur un rivage désolé, évoquant davantage les abords d’une zone industrielle qu’un lieu de villégiature balnéaire, des corps aux chairs flasques et tombantes se prélassent. C’est l’été en Ukraine, vu Boris Mikhailov, tel qu’on peut le découvrir à La Criée à Rennes.
En 1986, le photographe réalise la série Salt Lake près de Slavansk, au sud de l’Ukraine, région où habitait son père. Celui-ci lui avait appris qu’au début du XXe siècle, les eaux des lacs salés étaient réputées pour leurs vertus thérapeutiques. Le temps a passé, les paysages alentours se sont transformés mais les vieilles habitudes sont restées.

Boris Mikhailov, série Salt Lake, 1986, C-print, 60 x 84 cm, édition de 7 © Courtesy Galerie Suzanne Tarasiève, Paris.

Des femmes en maillot, coiffées d’un chapeau ou d’un bonnet de bain discutent entre elles, des enfants s’amusent : tout est très normal, banal et ordinaire. Sur ces berges se réitèrent des rituels presque sans âge. Seule la saleté et l’incongruité d’activités balnéaires dans un tel lieu, loin des stéréotypes du genre, entre sable fin et mer d’azur, engendre un sentiment de malaise. Ici, le paysage se compose de fabriques, d’entrepôts et de chemins de fer. Les baigneurs viennent y recueillir l’eau bienfaitrice, rejet saumâtre craché par un long tuyau.

Boris Mikhailov, série Salt Lake, 1986, C-print, 60 x 84 cm, édition de 7 © Courtesy Galerie Suzanne Tarasiève, Paris.

Boris Mikhailov, série Salt Lake, 1986, C-print, 60 x 84 cm, édition de 7 © Courtesy Galerie Suzanne Tarasiève, Paris.

Les corps se livrent très directement dans leur imperfection, dévoilant une intimité avec une surprenante simplicité qui évacue tout sentiment de gêne. Réalisées dans une teinte sépia – tonalité un peu vieillie ou vieillotte, donnant à tout la patine du temps –, les photographies figent les modèles dans un passé très présent. Mais le choix de ce coloris est très signifiant car, là où la couleur aurait pu permettre de jouer sur l’ironie, de faire de ces clichés des visions du kitsch soviétique, à la manière d’un Martin Parr dans sa série Think of England, Mikhailov évite la facilité du regard simplement goguenard. Ses photographies, par leur certaine neutralité, tiennent davantage du documentaire ethnographique fixant sur le négatif les us et coutumes, non pas d’un peuple lointain, mais de ses plus proches compatriotes. Seule demeure la distance historique, nous replongeant dans une époque pas si lointaine, mais déjà d’un autre temps.

Dans ce petit coin d’Ukraine, tout ne semblait pourtant être que luxe, calme et volupté.

Elodie Voillot.

Boris Mikhailov, Salt Lake, 20 janvier – 11 mars 2012, La Criée – Centre d’art contemporain, Rennes

http://www.criee.org/SALT-LAKE
Pour tous ceux qui n’auraient pas la chance de faire le voyage en Bretagne, Boris Mikhailov est aussi présenté à la galerie Suzanne Tarasiève  (Tea, Coffee, Capuccino, et I am not I).

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