Le Chevalier inexistant / Ulla von Brandenburg chez Rosascape

Ulla von Brandenburg, Le Rideau, dessin, 2012

Un appartement bourgeois. Cheminée, moulures et lambris blancs. Deux hommes face à un miroir, mascara et rouge à lèvres à la main. S’étant assis autour d’une table, ils engagent une partie de cartes. Mais alors que l’un ouvre la bouche pour s’adresser à l’autre, une voix féminine retentit, fredonnant en allemand ce qui pourrait être une comptine enfantine, un Lied, au rythme entêtant mais dépourvu de sens. Une femme d’un certain âge les rejoint et, d’un geste plein de grâce, retire sa cape et ses gants avant de s’assoir à côté d’eux.

C’est ainsi que débute Le Chevalier inexistant, vidéo réalisée par Ulla von Brandenburg à l’occasion de son exposition chez Rosascape, lieu d’exposition original installé dans un très bel appartement du 9e arrondissement.

Tourné en noir et blanc, le film se découvre derrière un rideau dont le quadrillage de losanges colorés rappelle un costume d’arlequin. Celui-ci renvoie au carnaval, au théâtre, et au déguisement, à tout ce qui permet de disparaître sous d’autres oripeaux, de se dédoubler tout en devenant différent. C’est ce principe même de dédoublement qui est à l’œuvre dans le travail d’Ulla von Brandenburg. Car il ne s’agit pas d’une vidéo mais de deux, disposées dans deux pièces adjacentes reliées entre elles par la tenture. Deux vidéos en apparence identiques, mais en apparence seulement : l’une inverse symétriquement la vue de l’autre, et ce qui était à droite passe à gauche, et vice-versa. Mais l’artiste pousse plus loin encore les effets de reflet et de miroir. Le lieu de l’exposition est celui du tournage, le site même de l’œuvre.  Le spectateur, tel un acteur sur le plateau vidé d’un théâtre, observe les personnages se mouvoir et dialoguer dans le même espace que lui.

Cette exploration du positif et du négatif  se poursuit dans des papiers découpés exposés dans une première salle conduisant à l’installation, qui représentent en forme et contre-forme un ruban marron, des peignes divers et variés, ainsi que des vases et des profils, sortes de masques alignés sur des étagères.

« Du bist dran… », « À toi de jouer…», tels sont les premiers mots de ce dialogue ubuesque où tous les acteurs ont la même voix. Charge au visiteur de continuer la partie.

Elodie Voillot.

 

Exposition Ulla von Brandenburg, Le Chevalier inexistant, chez Rosascape du 15 février au 31 mars 2012.

http://rosascape.com/site/expo-en-cours.html

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